Retour à la natation : PROGRESSIVITE !

 

L'athlète est autorisé à retourner à la natation de façon graduelle une fois qu’il est totalement indolore, qu’il a récupéré ses amplitudes articulaires en totalité, et qu’il a récupéré une force normale de la coiffe des rotateurs, par rapport à l'épaule opposée [1, 2, 17]. Le retour à la natation doit se produire sous la direction d'un masseur-kinésithérapeute ou entraîneur.

 

Il convient d’accompagner le nageur vers une reprise de nage progressive. Il faut tout d’abord travailler la gestuelle de nage. En effet, il est important d’avoir une attaque de l’eau « main à plat » et non par le pouce, une respiration bilatéraleun axe de rotation cranio-caudal.  Pour cela  le travail en éducatif prend tout son sens, le but étant de restaurer une cinétique de nage « non lésante » et souvent même plus efficace. Il ne faut donc pas négliger l’apport de la vidéo pour aider le nageur à prendre conscience du « bon » geste.

 

               a) Lors de la première phase (1ère semaine)

 

La charge de travail des membres supérieurs dans l’eau sera faible. En effet, pour les nageurs de haut niveau (nageant 2 fois par jour), il conviendra d’effectuer une séance par jour voire tous les deux jours seulement. Il en va de même pour les nageurs de loisir. Il faudra alors diminuer par deux le nombre d'entraînements en remplaçant le travail de pull-boy/paddles/elastique par un travail de jambes (30 %). Durant cette phase, les éducatifs ont une place primordiale (30 %). Il est important que le nageur soit indolore afin de passer à l’étape suivante. Durant cette phase une rééducation quotidienne doit être suivie.

 

 

          b) Lors de la seconde phase (2ème semaine +/- 3ème semaine)

 

Il faudra réintégrer progressivement le pull-boy (15 %) en alternance avec des exercices de jambe ou d'éducatifs,  et effectuer un renforcement musculaire à sec ciblé en dehors des entrainements  (25 % à l’aide de REP). Il ne faut pas réintégrer le pull-boy et les paddles en même temps sous peine de trop grandes contraintes pour l’épaule. Durant cette phase, on augmentera encore la charge d’entrainement, toujours en respectant les consignes de progressivité et d’indolence. Les éducatifs seront évidemment de mise avec une part encore importante (30 %).

 

 

          c) Enfin lors de la dernière phase (3ème semaine et/ou plus)

 

Le nageur reprendra l’entrainement (quasiment) normalement puisqu’il devra réintégrer progressivement le travail en paddles. Il est évident que le renforcement musculaire à sec doit être poursuivi. Un contrôle vidéo sur la technique de nage peut être réalisé pour vérifier la bonne correction de la technique de nage. 

 

 

La concertation médecin/MK/entraineur est primordiale afin de ne pas bruler les étapes de la rééducation. Il ne faut pas hésiter à prolonger la première phase si le travail en pull-boy est douloureux par exemple. 

 


Suivi du nageur

 

1) Prévention

 

Un programme structuré de d’athlétisation de la coiffe des rotateurs ainsi que du dentelé antérieur, des rhomboïdes et du trapèze (notamment sur la composante "endurance"), de travail proprioceptif et d'étirements pendant la saison-morte et une augmentation progressive de l’entrainement au début de la saison peuvent aider à prévenir la survenue des douleurs d’épaules. Eviter une fatigue de la coiffe des rotateurs et des fixateurs de la scapula par une mécanique adéquate, un équilibre musculaire est la clé pour prévenir les blessures. Connaître les signes et les symptômes de la fatigue de la coiffe des rotateurs, d'une tendinopathie peut aider le médecin, le formateur  l'entraîneur et le masseur-kinésithérapeute à déterminer quand un nageur doit reposer son épaule. Il faut naturellement utiliser le principe de progressivité à savoir ne jamais augmenter brutalement la charge de travail.

 

Chez les nageurs cyphosés, il faut intégrer des exercices d’auto-rééducation basés sur la répétition. Il est alors nécessaire d'étirer le grand pectoral, le petit pectoral, le trapèze, le dentelé antérieur et le grand dorsal afin d'améliorer la posture du nageur.

 

Les mouvements répétés et postures développées par Robin Mckenzie sont  intéressants à type d'auto-rééducation et d'entretien préventif des amplitudes. Mais si celles-ci sont déficitaires l'apport des mobilisations specifiques nous semble indispensable, le plus souvent vers l'extension thoracique pour lutter contre l’attitude cyphotique.

 

Il convient de corriger la gestuelle de nage afin d'éviter le conflit. Dans cette optique une analyse de nage pour chaque nageur semble indispensable. 

 

- Ainsi, une respiration bilatérale en crawl peut diminuer les contraintes au niveau de l'épaule dominante de nage.

 

- Aussi, le fait d'avoir une ligne de nage avec le corps qui  tourne autour d'un axe cranio-caudal permet de diminuer les contraintes en translation antérieure de la tête humérale.

 

- L'attaque de l'eau (en crawl et en papillon) doit se faire main à plat et non pas par le pouce (ce qui place l'épaule en rotation médiale et donc en conflit). 

 

- Enfin, la technique décrite par M Councillman dite "elbows up" (retour coude fléchi) permet d'éviter le retour aérien coude tendu et les lésions décrites dans d'autres parties.

 

Une alimentation saine et équilibrée est recommandée. Une hydratation abondante est très importante y compris pendant les entrainements.

 

 Il convient néanmoins de poursuivre ce programme de rééducation/prévention tout au long de la saison avec un suivi régulier de la bonne réalisation des exercices et de la qualité de nage grâce à la l'apport de la vidéo notamment. Le travail à sec avec les REP doit garder une place importante dans l’hygiène de vie du nageur, tout au long de la rééducation d’une part et après la rééducation d’autre part.

 

2) Pronostic

 

Le pronostic d'une restauration complète des capacités suite au repos et un travail approprié de la coiffe des rotateurs en rééducation est bon. La chirurgie est rarement nécessaire, sauf dans les cas les plus récalcitrants.

 

3) Education

 

Éduquer les athlètes, les parents et les entraîneurs concoure à la réussite de la rééducation et peut éviter les blessures récurrentes. Le rôle et l'importance de l’intégrité biomécanique de la coiffe des rotateurs de l'épaule du nageur doit être souligné, ce qui note bien l'importance d’un programme de rééducation / éducation bien conduit.